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La caserne Rochambeau

Construite à la fin du XVIIIᵉ siècle sur le front d’Embrun, la caserne Rochambeau est à la fois un bâtiment militaire et un ouvrage défensif. Ses voûtes, son imposant arc-boutant et sa remarquable charpente à la Philibert Delorme témoignent de l’évolution de l’architecture militaire à Mont-Dauphin.

Une caserne intégrée aux fortifications et participant à la défense

La caserne Rochambeau est la troisième grande caserne de Mont-Dauphin. Contrairement aux casernes Campana et Binot, construites au début du XVIIIᵉ siècle, elle est édifiée plus tardivement, dans le cadre de l’achèvement du front d’Embrun, au sud de la place forte.

Les travaux des casemates qui constituent aujourd’hui la caserne commencent vers 1770 et s’achèvent en 1782. Le bâtiment est directement adossé à l’intérieur de l’escarpe du front d’Embrun : le mur fortifié constitue ainsi son mur de fond. Cette disposition permet de faire de la caserne un élément à part entière du système défensif.

La caserne est ainsi qualifiée de « caserne de siège à l’épreuve » : ses trois niveaux de locaux voûtés sont conçus pour résister aux bombardements et permettre à la garnison de continuer à fonctionner en cas d’attaque.

Escaliers en arc-boutant de la caserne Rochambeau à Mont-Dauphin
Escaliers en arc-boutant de la caserne Rochambeau à Mont-Dauphin

Pierre Barrot - Centre des monuments nationaux

Même si elle est construite plusieurs décennies après les premières casernes de Mont-Dauphin, Rochambeau reprend le principe du casernement à la Vauban.

Le bâtiment est composé de cinq corps qui suivent le tracé du rempart. Ils sont organisés selon une succession de modules : une cage d’escalier centrale dessert, à chaque niveau, une chambre située de part et d’autre. Les différents modules se superposent d’un étage à l’autre. La caserne compte au total 56 chambres, auxquelles s’ajoutent six magasins aménagés en sous-sol. 

Les dimensions importantes des chambres permettent d'accueillir plusieurs soldats. Les documents militaires du XIXᵉ siècle indiquent une capacité théorique de 504 hommes, à raison de neuf soldats par chambre. Une partie des locaux étant déjà utilisée comme magasins à cette époque, les effectifs réellement hébergés ont cependant pu être inférieurs. Comme dans les autres casernes de la place forte, les chambres disposent de cheminées pour assurer le chauffage. Certaines pièces présentent également des aménagements directement liés à la défense : des créneaux de fusillade permettent notamment de flanquer la porte d’Embrun.

À Mont-Dauphin, les casernes ne sont pas de simples lieux d’hébergement. Leur emplacement et leur architecture répondent directement aux nécessités militaires.

Rochambeau est ainsi intégrée au dispositif du front d’Embrun. Adossée à l’escarpe, elle contribue à renforcer cette partie de l’enceinte tout en offrant à la garnison des espaces protégés pour se loger et stocker du matériel. Le bâtiment suit le tracé du rempart et s’articule en plusieurs corps afin de s’adapter au terrain et aux ouvrages défensifs existants.

En 1783-1784, un imposant arc-boutant est construit à l’extérieur de la caserne. Il répond à un problème structurel : la poussée exercée par les voûtes des différents corps de bâtiment menace alors la stabilité de l’édifice. L’arc-boutant permet de contenir ces poussées tout en servant de support à un escalier monumental donnant accès à la partie supérieure de la caserne. Cet escalier est l’un des éléments architecturaux les plus spectaculaires du bâtiment. Il permet aujourd’hui encore de comprendre comment les ingénieurs militaires ont su associer fonction défensive, contraintes techniques et recherche architecturale. L’ouvrage, soigneusement appareillé en pierre de taille, présente une véritable élégance malgré sa fonction essentiellement technique et militaire.

La caserne Rochambeau est remarquable non seulement par ses dimensions, mais également par la qualité de ses détails architecturaux. La façade donnant sur la cour est rythmée par les différents niveaux du bâtiment, tandis que les ouvertures sont encadrées de pierre de taille. Les chambres sont couvertes de voûtes en anse-de-panier et les escaliers intérieurs sont réalisés en pierre.

Dans la cour, un autre élément attire l’attention : un perron monumental à deux volées courbes encadre une fontaine sculptée. Celle-ci était autrefois le point d’eau unique des casemates Rochambeau. Deux masques à visage humain crachent l’eau dans un bassin en pierre.

Une terrasse d’artillerie transformée en charpente exceptionnelle

À l’origine, la caserne Rochambeau possède un toit-terrasse. Cette vaste plateforme répond à une fonction militaire : elle peut être utilisée comme terrasse d’artillerie et participe ainsi à la défense de la place forte.

Mais cette solution présente rapidement des difficultés. Les importantes chutes de neige et les infiltrations d’eau mettent à mal l’étanchéité de la terrasse. Il devient nécessaire de protéger le bâtiment par une véritable toiture.

Entre 1819 et 1823, le capitaine du Génie Massillon fait donc réaliser une impressionnante charpente selon le procédé mis au point par l’architecte Philibert Delorme.

L’ensemble forme aujourd’hui un volume spectaculaire de 260 mètres de long sur environ 8,5 mètres de large. La charpente compte environ 430 fermes, disposées très régulièrement.

En savoir plus sur la charpente 

Détail de la charpente Philibert Delorme, Mont-Dauphin
Détail de la charpente Philibert Delorme, Mont-Dauphin

Pierre Barrot - Centre des monuments nationaux

Une nouvelle vie pour la caserne Rochambeau

Après plusieurs siècles d’utilisation militaire, la caserne connaît progressivement de nouveaux usages. Aujourd’hui propriété de l’État et gérée par le Centre des monuments nationaux, elle constitue un espace particulièrement adapté à l’accueil de projets culturels, artisanaux et économiques.

La caserne Rochambeau fait depuis plusieurs années l’objet d’importants travaux de restauration. Une première campagne avait été menée en 2015, puis une nouvelle opération, financée dans le cadre du Plan de Relance, a été conduite en 2022 et 2023. Ces travaux ont notamment porté sur la restauration de la charpente et de la couverture, le ravalement des façades ainsi que la restauration de l’escalier en arc-boutant. L’objectif est de préserver durablement ce bâtiment exceptionnel tout en permettant la poursuite de ses nouveaux usages.

Depuis 2020, une partie de ses espaces accueille notamment des caves d’affinage de fromages, installées dans le cadre d’un partenariat entre le Centre des monuments nationaux et la Coopérative laitière des Alpes du Sud. Depuis 2026, un partenariat avec la laiterie du col Bayard prolonge cette aventure, permettant de poursuivre l’affinage des fromages au cœur du monument.

La caserne accueille également des projets artistiques. Depuis 2021, elle abrite notamment l’exposition Little Bighorn, consacrée aux sculptures d’Ousmane Sow, installée dans ses vastes espaces voûtés. Cette nouvelle utilisation du bâtiment illustre la capacité de la place forte à faire dialoguer patrimoine militaire, création artistique et activités contemporaines, tout en conservant les caractéristiques architecturales qui font son intérêt.

Aujourd’hui, la caserne Rochambeau offre ainsi un témoignage particulièrement complet de l’évolution de Mont-Dauphin : conçue comme un bâtiment militaire défensif au XVIIIᵉ siècle, transformée au XIXᵉ siècle pour répondre à de nouvelles contraintes, puis réinvestie à l’époque contemporaine, elle continue de vivre au cœur de la place forte.

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