Histoire, Art & Architecture
article | Temps de Lecture5 min
Histoire, Art & Architecture
article | Temps de Lecture5 min
Pensée par Vauban comme une église monumentale au cœur de la place forte, l’église Saint-Louis de Mont-Dauphin est restée inachevée. Son chœur, encore intact, témoigne encore aujourd’hui de l’ampleur du projet imaginé à la fin du XVIIe siècle.
Au cœur du village fortifié de Mont-Dauphin, l’église Saint-Louis (aujourd'hui communale) occupe une place singulière. Conçue dans le cadre du projet de Vauban, elle devait être bien davantage qu'un simple lieu de culte : son architecture monumentale devait contribuer à donner à la nouvelle place forte une véritable dimension urbaine et religieuse.
Le projet, inspiré de l’église Saint-Louis de Grenoble, prévoyait un édifice imposant d’environ 56 mètres de long, 12 mètres de large et 16 mètres de haut. Aujourd’hui, il est difficile d’imaginer cette église dans ses dimensions initialement prévues : seule une partie de l’édifice (le choeur) a été menée à son terme.
©Philippe Berthé - CMN
La construction de l’église débute entre 1697 et 1699, alors que les travaux de la place forte sont encore en cours. Les fondations sont creusées entre 1697 et 1699 et la première pierre est bénie le 20 juillet 1700. Quelques mois plus tard, Vauban vient lui-même approuver les dispositions du projet.
L’édifice est consacré le 2 janvier 1706, mais son chantier est loin d’être achevé. À cette date, l’église se limite essentiellement à un chœur couvert, fermé provisoirement, à la base du clocher et à la chapelle des pénitents accolée au nord-ouest. Le projet initial prévoit pourtant une nef et un transept beaucoup plus développés.
Le chœur, construit et aménagé au cours des premières décennies du XVIIIe siècle, constitue aujourd’hui la partie essentielle de l’église conservée. Son plan et son architecture rappellent l’ambition monumentale du projet imaginé pour Mont-Dauphin. Comme la collégiale de Briançon, également liée au projet de Vauban, l’église s’inspire du modèle de Saint-Louis de Grenoble.
Le clocher, installé à l’angle du chœur et du transept, n’a lui aussi été que partiellement réalisé. Au fil du temps, les parties inachevées de l’édifice sont devenues un enjeu pour la défense de la place forte. Au XIXe siècle, les murs de la nef et du transept, qui avaient pourtant été élevés jusqu’à la naissance des voûtes, sont finalement démontés afin de récupérer les matériaux nécessaires à l’aménagement de nouvelles batteries d’artillerie. Cette transformation, menée dans les années 1880, explique en grande partie l’aspect actuel de l’église.
L’inachèvement de l’église est ainsi devenu une composante essentielle de son histoire. Les vestiges conservés permettent encore de comprendre les proportions considérables du bâtiment projeté et donnent à voir, en creux, les ambitions architecturales et religieuses associées à la création de Mont-Dauphin.
L’histoire de l’église Saint-Louis ne s’arrête pas avec l’abandon du projet initial. Au cours de la Révolution française, l’édifice est transformé en entrepôt pour la viande salée, le fourrage et le bois de chauffage. Il retrouve ensuite sa fonction religieuse en 1803.
Le clocher connaît plusieurs interventions au cours du XIXe siècle, notamment après un violent orage qui endommage son beffroi en 1836. Des travaux sont réalisés à plusieurs reprises pour assurer la conservation de l’édifice, tandis que les portions inachevées de la nef et des croisillons font l’objet de projets de démolition ou de récupération de matériaux.
L’église Saint-Louis devient le premier monument de Mont-Dauphin à être classé au titre des Monuments historiques, le 30 juillet 1920. D’importants travaux de restauration sont ensuite engagés au XXe siècle : consolidation de la charpente, réfection de la couverture, restauration de la sacristie, remplacement des fenêtres et remise en état de l’intérieur.
Le bombardement de l’Arsenal en juin 1940 provoque également quelques dégâts à l’église, située à proximité. Des travaux de restauration sont réalisés à partir de 1967 dans le cadre des crédits liés aux dommages de guerre, puis l’intérieur est entièrement remis en état en 1972.
©Amandine Amerdeil - CMN
©Marc Tulane - CMN
©Amandine Amerdeil - CMN
©Amandine Amerdeil - CMN
L’abside semi-circulaire constitue aujourd’hui l’un des éléments les plus remarquables de l’église. Elle conserve son couronnement ornemental composé de pots-à-feu, un décor architectural caractéristique de l’époque. Un seul de ces éléments est aujourd’hui conservé dans son intégralité, les autres ayant disparu.
À l’intérieur, l’autel monumental constitue un élément patrimonial majeur. Avec les autres éléments du mobilier conservés dans le chœur, il témoigne de la vocation religieuse de l’édifice et de la volonté de donner à la nouvelle place forte un véritable centre spirituel.
Aujourd’hui, l’église Saint-Louis offre ainsi un témoignage particulièrement original de l’histoire de Mont-Dauphin. À la fois lieu de culte, chantier inachevé, édifice militaire transformé au fil du temps et monument historique, elle permet de comprendre une autre facette de la création de Vauban : celle d’une véritable ville fortifiée où l’organisation militaire devait s’accompagner d’une vie civile et religieuse.