Art & Architecture, Environnement, Histoire, Insolite

article | Temps de Lecture10 min

L’eau à Mont-Dauphin

Construire une place forte sur un plateau dépourvu de ressources en eau : tel est le défi relevé par Vauban à Mont-Dauphin. Grâce au captage de sources situées dans les montagnes voisines, à un réseau de conduites et à deux vastes citernes, l’eau devient un élément essentiel de la défense de la place.

Une place forte sans eau

Lorsque Vauban découvre le plateau des Millaures en 1692, il y voit un site stratégique exceptionnel pour contrôler les accès au Dauphiné et à la Provence. Mais ce terrain présente une difficulté majeure : il ne dispose pas naturellement de ressources en eau suffisantes.

Pour une place forte destinée à accueillir une importante garnison, cette absence constitue un véritable problème. L’eau est indispensable à la vie quotidienne des soldats et des habitants, mais aussi aux animaux, à l’entretien des bâtiments et à la lutte contre les incendies. En temps de guerre, elle devient surtout une ressource stratégique : une place assiégée doit pouvoir fonctionner en autonomie pendant plusieurs semaines.

Vauban prévoit donc dès la conception de Mont-Dauphin un système permettant de capter l’eau des sources environnantes, de l’acheminer jusqu’à la place et de la stocker dans d’importantes réserves. Il estime que les deux citernes doivent permettre à la garnison de résister à un siège de deux mois.

©Manon Assenat - CMN

L’approvisionnement de Mont-Dauphin

L’approvisionnement de Mont-Dauphin repose principalement sur le captage de sources situées à l’extérieur de la place forte.

La source de la combe de Loubatière, située à plus de deux kilomètres de Mont-Dauphin, constitue l’un des principaux points de captage. L’eau est conduite jusqu’à la forteresse grâce à un réseau aménagé spécifiquement pour franchir la distance et le relief. Le réseau d’adduction doit ensuite franchir les ouvrages défensifs. L’aqueduc d’arrivée traverse notamment le fossé du corps de place avant de rejoindre un des bastions. De là, différentes dérivations permettent d’alimenter les réserves et plusieurs fontaines réparties dans la place forte.

Une autre source, celle de Champ-Chignon, située plus près de Mont-Dauphin, est également captée. Son débit trop faible conduit cependant à l’abandon de cette ressource au fil du temps.

Pour acheminer l’eau jusqu’au cœur de la place forte, les ingénieurs mettent en place des conduites, appelées « bourneaux ». Le système évolue au fil des siècles et les matériaux employés sont progressivement adaptés. Les conduites doivent être suffisamment protégées pour résister aux conditions climatiques particulièrement rigoureuses du site. Le gel constitue en effet une menace récurrente pour le réseau : les conduites mal enterrées peuvent geler en hiver et interrompre l’approvisionnement.

L’eau acheminée alimente plusieurs fontaines destinées aux usages quotidiens.

L'eau, une ressource stratégique

L’alimentation par les sources et les fontaines ne suffit cependant pas à garantir la sécurité de la place en temps de guerre. En cas de siège, les conduites extérieures peuvent être coupées. Il est donc indispensable de disposer de réserves d’eau à l’intérieur même des fortifications.

Deux grandes citernes sont ainsi aménagées. La première possède une capacité d'environ 365 m³. La seconde est beaucoup plus importante avec une capacité d'environ 1840 m³. À elles deux, ces citernes constituent une réserve considérable. Leur capacité totale devait théoriquement permettre de subvenir aux besoins de plusieurs milliers de personnes pendant plusieurs semaines. Leur remplissage demande cependant près de deux mois, ce qui montre l’importance d’anticiper les périodes de crise et de maintenir les réserves au maximum de leur capacité.

L’eau stockée ne sert d’ailleurs pas uniquement à la consommation humaine : il faut également prendre en compte les besoins des chevaux et du bétail présents dans la place forte. La gestion de cette ressource est donc indissociable de l’organisation militaire de Mont-Dauphin.

À Mont-Dauphin, l’eau fait ainsi partie intégrante du système défensif. Elle est pensée au même titre que les remparts, les magasins, les casernes ou les poudrières : sans eau, une place forte ne peut pas tenir longtemps.

Un réseau qui évolue au fil des siècles

Le système d’alimentation en eau n’est pas figé. Les conduites sont régulièrement réparées, remplacées ou modernisées pour répondre aux besoins de la place forte et aux progrès techniques.

La conduite de Champ-Chignon est notamment refaite en 1746, puis les réseaux sont à nouveau modernisés au XIXe siècle. Ces transformations témoignent de la nécessité d'entretenir en permanence une infrastructure particulièrement sensible dans un environnement de montagne.

Au XXe siècle, l’alimentation en eau de Mont-Dauphin connaît encore de nouvelles évolutions. Un nouveau captage est réalisé à la source de Gros entre 1955 et 1957, puis un nouveau réservoir est construit en 1980.

Aujourd’hui encore, l’eau demeure une question importante pour la commune, héritière d’un système d’approvisionnement dont les premières infrastructures remontent à la construction de la place forte.

à découvrir aussi